Des virelangues pour travailler la prononciation ?

1505_sketchnotes_phonfle_virelanguesIllustration : croquinotes de @CindyDaupras

Des virelangues en classe ? Pourquoi pas… mais…

Points positifs des virelangues

Les virelangues, c’est ludique : beaucoup utilisent les virelangues comme une activité ludique, récréative. Les essais et les erreurs, la langue qui fourche font partie intégrante du plaisir des virelangues. Il s’agit de jouer avec les mots, déjà lorsqu’on les pratique en langue maternelle, alors pourquoi pas renouveler ce plaisir dans l’apprentissage d’une langue étrangère ? Les virelangues relèvent de l’oralité, nombre de comptines et de jeux de cour de récré jouent avec les sonorités. Il s’agit de répéter, distordre, jouer avec la matière sonore.

Les virelangues, un objectif pédagogique : travailler les virelangues vise l’acquisition de la compétence de production orale en travaillant d’une part la prononciation des sons et d’autre part la prosodie, un débit rapide et fluide. C’est pourquoi ils sont un outil d’échauffement et d’entraînement pour les comédiens.

Les virelangues, un défi : pour les apprenants, réussir à prononcer un virelangue, c’est relever un défi et c’est donc motivant.

Points négatifs des virelangues (réticences)

Les virelangues, c’est difficile : il ne s’agit pas de dire que lorsque c’est difficile, il ne faut pas le faire, je m’explique : souvent, les virelangues sont construits non seulement avec un son qui se répète – auquel cas on a une allitération (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » ou une assonance « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire » (Racine, Phèdre) – mais aussi bien souvent avec un son proche avec lequel il risque d’être confondu. C’est le jeu, c’est le défi : il ne faut pas fourcher. Mais les locuteurs francophones natifs ont déjà du mal à les prononcer.

Les virelangues, c’est artificiel : Je sais bien que cela fait partie du plaisir, proposer des énoncés farfelus et difficiles à prononcer. Malgré tout, je reste dubitative : si certains virelangues font partie de la culture francophone (ah, les fameuses chaussettes de l’archiduchesse !) et sont à ce titre, intéressants pédagogiquement, d’autres s’apparentent souvent à un corpus de linguiste construit pour les besoins de l’exercice. Ce qui me gêne, ce sont des tournures qui peuvent être surannées « Suis-j bien chez ce cher Serge ? » par exemple, ou encore un vocabulaire bien éloigné et des préoccupations des apprenants et des recommandations des différents référentiels

Les virelangues, un objectif phonétique souvent mal ciblé : le virelangue, au même titre que les autres activités de production en phonétique, se prépare dans un premier temps par des activités de perception d’une part, et par des activités de découverte de la production d’autre part. Mal préparer les apprenants – en leur proposant, par exemples, le virelangue à prononcer comme activité initiale – met en difficulté l’apprenant et risque de rater son objectif en le démotivant.

 

Les virelangues, pourquoi pas ? (réconciliation)

Dans la salle de classe, on m’interpelle par mon prénom en gesticulant. Un instant interloquée (le geste n’est pas très précis, il va falloir qu’on travaille les gestes en français), je comprends finalement que je suis devant une partie du tableau et gêne certains apprenants. Je résiste à l’injonction gestuelle et demande au groupe de trouver la phrase adéquate pour qu’ils puissent voir le tableau. Après quelques tâtonnements, le consensus amène la phrase suivante à répéter  : « Vous pouvez vous pousser s’il vous plaît ? » et sa variante plus amicale « Tu peux-te pousser s’il te plaît ? ». (il y avait bien un « Ton père n’est pas vitrier » lancé en catimini par une apprenante friande des expressions du quotidien mais c’est l’expression plus courante, moins marquée, qui fait l’unanimité).

« Vous pouvez vous pousser s’il vous plaît ? ». Et voilà que les langues s’emmêlent, trébuchent, chouette, on a déniché un virelangue du quotidien.

C’est suffisamment rare pour le souligner, et surtout ces virelangues du quotidien mettent à mal mes arguments contre : ils sont, dans ce cas, utiles, font partie du quotidien. La difficulté est présente mais est imposée par le sens que l’on veut véhiculer et les formes que peut prendre son expression.

 

Et puis surtout, à partir du moment où les virelangues éveillent la curiosité ou le plaisir de l’apprenant face à la langue-cible, y a-t-il vraiment besoin d’autre justification pour les pratiquer ?

 

Conclusion : Allons-y, virevoltons !

Pour commencer, des ressources :

 

Quelques idées d’exploitation pédagogique :

Le virelangue déclencheur : (perception orale et/ou écrite) Une fois trié par phonème répété, utiliser le virelangue comme document déclencheur lorsque vous voulez travailler l’acquisition ou la correction d’un phonème en particulier, ou de ses graphies.

Le virelangue validateur : (production orale) Lorsque vous décidez de travailler un phonème ou que vous fixez cet objectif avec un apprenant en particulier, pourquoi ne pas utiliser le virelangue comme production orale à réaliser pour obtenir la validation de ce phonème dans le carnet d’apprentissage de l’apprenant ?

Le virelangue fait maison : (perception – production écrite puis orale) en groupe de 4-5, à partir d’un phonème, chercher collectivement des mots connus par les apprenants (Chaque apprenant doit donner au moins un mot, on peut donner plusieurs mots, mais il faut attendre au moins une proposition de quelqu’un d’autre entre deux propositions. On peut donner des notes adhésives – 1 par personne + une réserve jusqu’à 4 par personne). Dans un deuxième temps, demander aux apprenants de réaliser un virelangue avec des mots issus de ce remue-méninges (minimum 4 mots). Chaque apprenant réalise individuellement un virelangue puis les autres membres du groupe votent sur le respect de consignes pour valider la proposition (nombre de mots utilisant le phonème). Le groupe-classe partage ses productions (via le cahier, une affiche, un article de blog, un livret « défi de prononciation en français », un jeu de plateau, etc.

Dompter l’alphabet phonétique international pour le français

Croquinote par Cindy Daupras @CindyDaupras

Croquinote par Cindy Daupras @CindyDaupras

L’alphabet phonétique, c’est parfois la bête noire de certains apprenants et de certains profs de FLE. Et pourtant …

Pourquoi apprendre (à utiliser) l’API ?

L’Alphabet phonétique international, diminutif API (rien à voir avec la pomme), IPA en anglais (rien à voir avec la bière), est plein d’avantages :

Dompter sa bête noire

Dompter sa bête noire

  • Un outil pas si compliqué : l’alphabet latin (version française) comporte 26 lettres, le système phonologique du français en utilise 37. Seulement 11 de plus, et certains sont « transparents », facilement transférables. Si vous avez réussi à apprendre à lire, vous devriez réussir avec un peu d’opiniâtreté à apprendre à lire en phonétique (et pourquoi pas à l’écrire?).
  • Un outil pour la conscience phonologique : le principe est le suivant : un son un signe. Bien plus facile que d’apprendre les graphèmes du français (un exemple avec les graphies prototypiques – c’est-à-dire les plus courantes – et un exemple plus complet). Utiliser l’API vous permet donc de vous concentrer sur l’oral, sur le son, sur ce que vous entendez vraiment.L’écrit peut être une aide pour reconnaître un mot, mais il faut également travailler la perception strictement orale et se détacher du français écrit est une étape nécessaire à certains moments de l’apprentissage.
  • Un outil pour toutes les langues : pensé pour décrire toutes les langues du monde, vous l’apprenez une fois et vous pouvez découvrir la prononciation de n’importe quelle langue, pourvu qu’elle soit transcrite !
  • Un outil pour écrire des messages codés : une chasse aux trésors à organiser avec des énigmes ? Hop, transcription phonétique ! Un message « secret » à passer à un convive à l’autre bout de la table ? Hop, transcription phonétique ! En attendant que toutes et tous apprennent ce code, autant en profiter, non ?


Faites un test, combien de sons arrivez-vous à traduire en français écrit avec au moins une graphie ?

Symbole phonétique Votre traduction en français écrit Symbole phonétique Votre traduction en français écrit
[i] [t]
[e] [d]
[ɛ] [n]
[a] [ɲ]
[y] [k]
[ø] [g]
[œ] [ŋ]
[ə] [l]
[u] [ʁ]
[o] [f]
[ɔ] [s]
[ɑ] [ʃ]
[̃ɛ̃] [v]
[ ̃œ] [z]
[̃ɑ] [ʒ]
[ ̃ɔ] [j]
[p] [ɥ]
[b] [w]
[m] Voilà, c’est tout.

Vous ne le connaissez pas encore par cœur ? Pour trouver les réponses manquantes, je vous propose différentes ressources ci-dessous. Bonne lecture et bon apprentissage !

Les outils et autres ressources

Le tableau international avec des sons

Les sons du français à écouter

Un traducteur français écrit-français transcrit

Jeux pour apprendre et réviser l’alphabet phonétique

Flashcards

Cours en ligne et vidéos

Des claviers et des profs de FLE

button-2076_640En tant que prof de FLE, on est déjà confrontés au casse-tête des majuscules accentuées en français, mais lorsqu’il s’agit d’intégrer des symboles de phonétique, on est parfois démuni pour trouver comment s’y prendre, ou agacé lorsqu’on a trouvé devant la longueur de la procédure.

Je vous propose donc aujourd’hui quelques outils pour nous faciliter la réalisation de supports de cours.

 

Croquinote par Cindy Daupras @CindyDaupras

Croquinote par Cindy Daupras @CindyDaupras

Accentuer les lettres majuscules en français

Tout d’abord, des outils pour résoudre le problème des lettres majuscules non accentuées (et se concentrer sur d’autres types de fautes d’orthographes soulignées par les outils informatiques).

Voici ce que prescrit l’Académie française (ah, le poids de la norme …).

Le Point du FLE a consacré un article à cette question.

Je vous propose 3 ressources (+ 1 bonus) :

 

J’aime bien ce site car il propose de nombreux outils, des claviers multilingues notamment mais aussi des ressources passionnantes pour la culture générale (sur les langues, sur l’étymologie, ds citations, etc. J’aime aussi la simplicité de la présentation et l’utilisation intuitive. Un peu long malgré tout lorsqu’il faut changer de fenêtre, sélectionner, copier, changer de fenêtre, coller.

 

Aide-mémoire pratique et complet pour ceux qui préfèrent les raccourcis. clavier.

 

Avec un clavier Qwerty, une manipulation plus rapide que les raccourcis claviers pour accentuer une lettre.

 

Insérer des symboles de phonétique – Claviers et impression

Pour l’enseignant de langue qui voudrait pouvoir insérer des symboles de phonétique dans ses documents, d’autres outils.

Attention : les imprimantes ne reconnaissent pas toujours ces symboles, pensez à enregistrer vos documents en .pdf avant de les imprimer.

Un clavier phonétique en ligne, utilisable pour chercher ou publier sur les moteurs de recherche, wikipedia et les réseaux sociaux. Une présentation complète avec présélection possible du type de son (voyelle / consonne voisée / etc.). Le réglage de la police de caractère et de son apparence (gras, taille, etc.)

Un clavier API en ligne : cliquer sur le symbole d’un son, il est copié dans le presse-papier. Complet mais pas d’organisation visuelle des symboles. Plus rapide malgré tout que l’insertion de caractères spéciaux.

Un clavier en ligne pour accéder facilement aux symboles phonétiques et faire des copier-coller rapides dans vos documents.

 

 

Et voilà, [japlyka] !