Entre intelligibilité et esthétique de la prononciation ou une certaine idée de la norme

@d_noureddine, avec qui nous échangeons régulièrement sur Twitter m’a posé aujourd’hui cette question :

« Où mettre le curseur entre exigence d’une prononciation parfaite souvent souhaitée par l’apprenant-e et tolérance quand certaines fautes ne nuisent pas à la compréhension. #FLE » ?

https://twitter.com/d_noureddine/status/1224655021528244225

J’ai décidé d’y répondre ici afin de pouvoir développer à ma guise, dégagée des contraintes du rythme de l’écriture twittesque.

Je trouve cette question difficile parce qu’elle pose la question du libre arbitre de l’apprenant.e dans son apprentissage.

Si le formateur ou la formatrice identifie les besoins, parfois entre les lignes, des apprenant.e.s et met en œuvre la formation d’après ces besoins et les directives liées au dispositif, c’est finalement lui/elle qui sait jusqu’où aller dans son apprentissage.

Par ailleurs, cette exigence est rarement isolée. Elle se retrouve souvent dans d’autres domaines de l’apprentissage de la langue, notamment la grammaire. Il s’agit parfois d’un souci de perfection tel qu’il bloque l’apprentissage, des apprenant.e.s qui préfèrent ne rien dire plutôt que de « mal dire » selon leurs critères. Un travail régulier sur l’erreur et ce qu’elle permet d’apprendre arrive, d’après mon expérience, dans la majorité des cas, à bout de ce frein à la prise de parole. J’ai également observé, avec des personnes nouvellement arrivées en France, que cette réticence à parler « mal » est liée au choc culturel qui fait lui-même partie du processus d’acculturation.

J’utilise aussi l’explicitation : « là vous n’avez pas été compris.e parce qu’on n’a pas entendu que vous posiez une question », « là j’ai entendu ‘dessous’ et pas ‘dessus’ ». Généralement, la personne fait ensuite plus d’efforts pour prononcer ces points phonétiques-là et focalise moins sur le reste.

En situation de travail de groupe, j’annonce que nous travaillons les points de phonétique qui posent des problèmes de compréhension ou qui sont plus fréquents. Si une personne souhaite aller plus loin, je préfère lui proposer de s’entrainer individuellement en lui indiquant des ressources et des techniques (comme le shadowing). Une manière de ne pas fermer la porte à une recherche individuelle d’un type d’accent « standard », « normé », « parfait », tout en rappelant en groupe que les attentes des interlocuteur.ice.s sont différentes et laissent la place à un accent « étranger ».

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